lundi 15 janvier 2018

Un homme intègre (Mohammad Rasoulof, 2017)

Pouvoir autoritaire et arbitraire, absence de liberté d'expression forment un terreau fertile au développement de la corruption même si elle s'adapte à bien d'autres terrains. Dans un régime qui ne tolère aucune forme de contestation ouverte, l'intégrité peut devenir une arme. C'est celle qu'a choisie Reza pour continuer son combat solitaire, même si pour cela il a du fuir Téhéran, abandonner ses études, se retirer du monde dans cette région perdue du nord de l'Iran où dans sa ferme piscicole, il élève des poissons, des poissons rouges, de ceux qui ornent les tables du Norouz, le « nouveau jour », cette fête du nouvel an célébrée par tous les Iraniens toutes confessions et origines confondues, bien au delà des frontières de l'Iran, fête porteuse d'un message de paix et de renouveau, pivot commun et symbole de la culture perse.
Là, loin d'une société qu'il réprouve, dans une presque solitude, il pense pouvoir vivre en accord avec ses valeurs. C'est sans compter avec les détenteurs du pouvoir pour qui, toute tête qui dépasse et ne se courbe pas, tout regard droit est une menace. Reza, qui refuse les combines et malversations de toute sorte, de payer et d'être payé pour le moindre acte du quotidien, devient l'homme à abattre. Aucune forme d'intimidation ne lui sera épargnée, jusque dans sa cellule familiale qui est au bord de l'explosion.
Que faire alors quand son attitude opininiâtre atteint ceux qui lui sont le plus chers, sa femme, son fils?Perséverer, plier l'échine ou accepter de se salir les mains, d'utiliser en les détournant les méthodes ennemies ? Le système est pervers, éliminer le chef d'une organisation mafieuse n'est pas détruire cette organisation mais permettre à un autre de prendre sa place. Ainsi Reza constatera à ses dépends que sa droiture, son intégrité, sa force de caractère peuvent être instrumentalisées et servir ceux qu'il combat.

Si le sujet est austère et bien que les conditions de tournage n'aient pas du être faciles, le réalisateur a su rendre son sujet captivant avec une tension palpable qui ne fait que croître tout au long du film. Peu de respirations dans ce film, peu de scènes paisibles si ce n'est les scènes en famille, derrière les murs de la maison-refuge, là où il cesse d'être observé et où l'acteur perd son masque dur pour celui plus tendre de père. Même quand il s'isole dans cette grotte qui de lui seul semble connue, pour se baigner dans une source d'eau chaude et réfléchir en buvant l'alcool interdit, l'angoisse est là, permanente, aucune eau ne peut la laver.
Tout au long du film, les conversations, les rencontres qui doivent rester discrètes, se déroulent dans une voiture. Il est étonnant de savoir que c'est ainsi que le réalisateur a rencontré l'acteur principal, la veille du tournage, pour ce rôle que personne ne voulait interpréter.

Le film est censuré en Iran et le réalisateur, en liberté conditionnelle a été condamné précédemment à six ans de prison. Pour l'instant sa notoriété internationale lui offre sans doute un semblant de protection. J'ai une admiration sans borne pour ces cinéastes qui risquent leur liberté, voire leur vie pour faire des films, témoigner et accomplir leur art. Ne serait-ce que pour ces risques qu'ils encourent, il faut voir ces films et particulièrement cet homme intègre, qui au delà du message qu'il délivre, est simplement un bon et beau film.






2 commentaires:

  1. Rebonjour Nekho, ce genre de film ne donne pas envie d'aller visiter l'Iran malheureusement. Cette corruption, ces pots-de-vin font frémir. Cet homme intègre a bien du mérite même si à la fin, il se "mouille". Bonne fin d'après-midi.

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    1. Non ça ne donne pas envie! Mais ces courageux réalisateurs nous offrent un témoignage essentiel. Merci de ton passage.

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